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Jardinage

Composter ses déchets de cuisine et de jardin

Mis à jour en juillet 2026

Difficulté
Facile, accessible même sans jardin (lombricomposteur, bokashi)
Durée
Compost mûr en 3 à 12 mois selon la méthode
Budget
0 € (tas) à 150 € (bac ou lombricomposteur)

Depuis le 1er janvier 2024, la loi impose à toutes les collectivités de proposer une solution de tri à la source des biodéchets à leurs habitants. Cette obligation répond à un problème très concret : selon l’étude Modecom 2024 de l’ADEME, les biodéchets composent encore 32 % du contenu de la poubelle grise, soit environ 80 kg par habitant et par an. Composter chez soi, que vous ayez un jardin ou seulement un balcon, permet de sortir une bonne partie de ce poids du circuit des ordures ménagères et de le transformer en terreau utile au potager.

Pourquoi composter maintenant

La loi Agec du 10 février 2020 fixait cette échéance depuis plusieurs années déjà, mais sa mise en œuvre reste inégale sur le terrain. Au 1er juillet 2024, seuls 40 % des Français, soit 26,8 millions d’habitants, disposaient d’une collecte dédiée ou d’un accès à une solution de compostage de proximité, selon l’ADEME. Dans les communes qui n’ont pas encore déployé de collecte, composter soi-même reste souvent la façon la plus rapide de se mettre en conformité, sans attendre un bac vert ou un point d’apport volontaire.

Au-delà de l’obligation, l’intérêt est directement mesurable sur le poids de votre poubelle. Un foyer qui trie ses épluchures, son marc de café et ses tontes de gazon voit son volume d’ordures résiduelles baisser nettement, puisque ces matières organiques représentent près d’un tiers du contenu total. Le compost obtenu remplace en plus un terreau ou un engrais acheté, ce qui en fait un geste écologique qui reste aussi rentable pour le budget du jardin.

Composter présente aussi un avantage que la collecte municipale n’offre pas : la matière organique reste sur place, dans votre jardin ou sur votre balcon, au lieu de partir dans un camion vers une plateforme de traitement parfois éloignée. Le bilan environnemental s’en trouve amélioré, puisque le transport des biodéchets pèse dans leur empreinte carbone globale. Pour un foyer qui jardine déjà un peu, l’équation est simple : moins de sacs à sortir chaque semaine, et un amendement gratuit à la sortie.

Que mettre dans son compost, et que faut-il éviter ?

Un compost équilibré demande un mélange de matières humides et sèches, apportées au fil des récoltes de cuisine et des travaux de jardin. Voici ce qui s’y décompose sans difficulté :

  • Épluchures de fruits et légumes, marc de café et filtres en papier
  • Restes de repas cuits sans sauce grasse, en petite quantité
  • Coquilles d’œufs écrasées finement
  • Tontes de gazon séchées, feuilles mortes et petites tailles de haie
  • Cartons bruns non imprimés et essuie-tout usagés
  • Fleurs fanées et plantes d’intérieur sans leur terreau

Deux idées reçues méritent d’être corrigées. On entend souvent qu’il ne faut jamais mettre d’agrumes au compost : en réalité, une pelure d’orange ou de citron se décompose normalement, c’est l’excès qui ralentit le processus en acidifiant le mélange. Même logique pour les coquilles d’œufs, loin d’être interdites : elles apportent du calcium à la terre, à condition d’être écrasées pour accélérer leur dégradation, sinon elles mettent plusieurs années à disparaître.

À l’inverse, certaines matières perturbent l’équilibre du tas ou attirent les nuisibles :

  • Viande, poisson, os et produits laitiers en grande quantité
  • Huiles, sauces grasses et plats préparés
  • Litières d’animaux carnivores
  • Plantes malades ou traitées aux pesticides
  • Mégots, plastiques et papiers glacés ou imprimés en couleur

Ces matières posent problème pour deux raisons précises. La viande, le poisson et les produits laitiers pourrissent avant de se décomposer proprement, ce qui attire rats et mouches et dégage des odeurs fortes. Les plantes traitées ou malades, elles, risquent de propager des spores ou des résidus de pesticides dans un compost censé nourrir votre potager l’année suivante. Mieux vaut jeter ces matières avec les ordures résiduelles plutôt que de fragiliser tout le tas pour un volume finalement modeste.

Ce tri à la source conditionne la qualité du terreau final, celui que vous épandrez plus tard dans votre potager. Si vous démarrez tout juste vos cultures, notre guide pour créer un potager pour débutant vous aide à préparer un sol qui profitera pleinement de cet apport.

Choisir sa méthode de compostage

Le choix de la méthode dépend surtout de l’espace disponible, pas du niveau d’implication souhaité : un lombricomposteur bien nourri demande autant d’attention qu’un tas en pleine terre.

MéthodeOù l’installerBudgetCompost mûr enCe qu’il faut savoir
Tas en pleine terreCoin ombragé du jardin0 €8 à 12 moisGratuit et simple, mais prend de la place et attire parfois les rongeurs
Bac en bois ou plastiqueJardin, cour, terrasse40 à 150 €6 à 9 moisCompact et net, protège mieux des nuisibles, demande un brassage régulier
LombricomposteurBalcon, cuisine, appartement60 à 150 €3 à 5 moisFonctionne sans jardin, rapide, sensible au gel et à la surcharge
BokashiCuisine, tout type de logement40 à 80 € par an2 semaines de fermentation puis 4 à 6 semaines en terreAccepte viande et poisson en petite quantité, nécessite un relais en pleine terre ou en bac

Sur un balcon ou dans un petit jardin, le lombricomposteur reste la solution la plus silencieuse et souvent la plus rapide à produire un résultat utilisable. Il convient aussi bien à un studio qu’à une maison sans grand terrain, à condition de le protéger du gel en hiver et de ne jamais laisser les vers sans nourriture pendant plus de deux semaines.

Le compostage collectif complète ces quatre méthodes dans les copropriétés et les quartiers denses. De plus en plus de communes installent des bacs partagés en pied d’immeuble, gérés par un référent bénévole formé au brassage régulier. Cette solution évite d’investir dans son propre équipement tout en respectant l’obligation de tri, mais elle dépend d’un engagement collectif qui ne fonctionne que si chaque foyer respecte les consignes de dépôt. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou de votre bailleur pour savoir si un point de collecte existe déjà près de chez vous.

Bien conduire son compost

L’équilibre entre matières brunes et vertes

Un compost qui fonctionne repose sur un dosage entre deux familles de matières. Les matières vertes, humides et chargées d’azote (épluchures, tontes fraîches, marc de café), se décomposent vite et nourrissent les micro-organismes. Les matières brunes, sèches et pourvues de carbone (feuilles mortes, carton, petit bois broyé, paille), structurent le tas et l’aèrent. Un compost trop vert devient compact et dégage une odeur de putréfaction ; un compost trop brun sèche et ne se décompose presque plus. Visez un mélange d’environ deux tiers de matières brunes pour un tiers de matières vertes, en ajustant selon ce que vous observez.

Humidité et aération

Le tas doit avoir la consistance d’une éponge essorée : humide au toucher, sans eau qui s’écoule quand on le presse. En été, arrosez légèrement s’il sèche trop vite ; en période de pluie, couvrez-le d’une bâche ou de carton pour éviter qu’il ne se noie. L’aération compte tout autant que l’humidité : brasser le tas toutes les trois à quatre semaines avec une fourche apporte l’oxygène nécessaire aux bactéries qui font le travail de décomposition. Sans cet apport d’air, le processus tourne au ralenti et les odeurs s’installent.

Que faire quand ça sent mauvais ou que ça ne descend pas

Une odeur d’œuf pourri ou d’ammoniaque signale un excès de matières vertes ou un manque d’air : ajoutez immédiatement du carton, des feuilles sèches ou du petit bois broyé, puis brassez. Un compost qui ne diminue plus de volume après plusieurs mois manque souvent d’humidité ou de matières vertes fraîches ; un arrosage et un apport d’épluchures relancent en général la décomposition en quelques semaines. Un tas trop compact, tassé par la pluie, se corrige en le brassant plus souvent et en surveillant l’équilibre brun-vert à chaque apport.

La présence de mouches ou de petits vers blancs autour du bac inquiète souvent à tort : ce sont les larves de mouches du compost, utiles à la décomposition, tant qu’elles restent en nombre limité. Une invasion plus marquée, ou l’apparition de rongeurs, indique généralement des déchets de cuisine laissés en surface plutôt qu’enfouis sous une couche de matière brune. Recouvrir systématiquement chaque apport frais d’une poignée de feuilles sèches ou de carton évite la plupart de ces désagréments, sans recourir à un traitement quelconque.

Récolter et utiliser son compost

Un compost mûr se reconnaît à trois signes : une couleur brun foncé homogène, une texture friable qui s’effrite entre les doigts et une odeur de terre de forêt, sans trace des déchets d’origine. Comptez six à douze mois selon la méthode choisie et la saison, le processus ralentissant nettement en hiver. Tamisez le résultat pour retirer les morceaux encore grossiers, que vous remettrez dans un nouveau tas pour poursuivre leur décomposition.

Au potager, incorporez deux à trois centimètres de compost mûr en surface avant la plantation, en griffant légèrement la terre pour le mélanger aux premiers centimètres du sol. Cet apport profite particulièrement aux légumes gourmands, qui puisent beaucoup dans la terre tout au long de leur croissance. Au pied des arbustes et des massifs, une couche de compost fait aussi office de paillage qui limite l’arrosage, un geste que complète notre guide sur l’arrosage économe pour réduire encore la consommation d’eau du jardin.

En pot ou en jardinière, mélangez le compost mûr à de la terre ou du terreau du commerce, dans une proportion d’un tiers environ : utilisé pur, il reste trop concentré et risque de brûler les racines les plus fines. Sur une pelouse fatiguée, un fin épandage de compost tamisé au printemps ou à l’automne nourrit le sol sans étouffer l’herbe, à condition de ne pas dépasser une couche de quelques millimètres. Ce même compost, dilué dans l’eau d’arrosage pendant quelques jours, donne aussi un extrait fermenté simple à préparer pour renforcer les plantes fragiles au moment de la reprise.

En fin de saison, épandre du compost avant les premiers froids reste l’un des gestes les plus utiles pour préparer le jardin à l’hiver : la matière organique se décompose lentement pendant les mois froids et enrichit le sol pour les plantations du printemps suivant. Un compost encore un peu grossier convient très bien à cet usage, contrairement au semis où l’on préfère un compost fin et bien mûr. Notre guide pour préparer le jardin avant l’hiver détaille les autres travaux à caler à la même période.

Sources

  • ADEME — étude Modecom, résultats 2024 publiés en 2025
  • ADEME — enquête nationale sur le tri à la source des biodéchets, 2024
  • Loi AGEC (loi du 10 février 2020) — obligation de tri à la source des biodéchets depuis le 1er janvier 2024

Questions fréquentes

Peut-on mettre des agrumes et des coquilles d'œufs au compost ?

Oui, dans les deux cas. Une pelure d'orange ou de citron se décompose normalement au compost, à condition de rester en petite quantité : c'est l'excès qui acidifie le mélange et ralentit le processus, pas la présence occasionnelle d'agrumes. Les coquilles d'œufs ne sont pas non plus interdites, bien au contraire : elles apportent du calcium utile à la terre. Écrasez-les finement avant de les ajouter, sinon elles mettent plusieurs années à se dégrader entièrement dans le tas.

Pourquoi mon compost sent-il mauvais et comment y remédier ?

Une odeur d'œuf pourri ou d'ammoniaque signale presque toujours un excès de matières humides (épluchures, tontes fraîches) associé à un manque d'air. La solution consiste à ajouter du carton déchiré, des feuilles sèches ou du petit bois broyé, puis à brasser l'ensemble avec une fourche pour réintroduire de l'oxygène. Vérifiez aussi que le tas n'est pas détrempé par la pluie : couvrez-le d'une bâche si besoin. Ces gestes suffisent en général à faire disparaître l'odeur en quelques jours.

Combien de temps faut-il pour obtenir un compost mûr et utilisable ?

Comptez de trois à cinq mois avec un lombricomposteur bien nourri, six à neuf mois avec un bac de jardin, et huit à douze mois pour un simple tas en pleine terre, la décomposition ralentissant nettement pendant l'hiver. Le compost est mûr quand il prend une couleur brun foncé homogène, une texture friable et une odeur de terre de forêt, sans plus aucun déchet reconnaissable. Un compost encore un peu grossier convient déjà pour pailler ou préparer le jardin avant l'hiver.